Messe de l'Epiphanie de NS, 6 janvier 2006
6h30 du matin, Vendredi 6 Janvier 2006.
A Rome, le temps est encore un peu humide, signe de la nuit qui n'est pas encore achevée. Je regarde à travers les persiennes
entr'ouvertes. Il fait encore sombre, l'aube s'installe petit à petit. Je m'habille, toute excitée, tandis que, dans le lit voisin, ma voisine dort profondément. Je dois faire vite, car sinon je risque de faire une queue énorme... Je sors de la pièce, je descends avec précaution les escaliers, et je me hâte vers le hall de l'hotel pour prendre mon petit-déjeuner.
[....](
NDT: ici Ratzigirl donne les coordonnées de l'Hôtel où elle est descendue, il s'agit de l'Hotel Corona, à rome, et ce doit être une bonne adresse, à retenir)
Un petit-déjeuner express (une tranche de pain grillée sans rien dessus, et une goutte de café), et je fonce dehors.
D'émotion, je me trompe de chemin. Au lieu de me diriger vers la Place Esedre, où se trouve le métro, je vais vers la Banque d'Italie (je suis vraiment endormie!).
Je descends dans le métro, et peu après arrive la rame qui m'apparaît comme le train des rêves.... couvert d'or et illuminé (en réalité, il était tout poussiéreux, mais pour moi, il était vraiment doré, ce matin-là!!!)
Je monte dans la rame, et heureusement, il n'y avait pas la cohue, je craignais de trouver des figures louches, mais non... à cette heure-là, il n'y a que des gens très tranquilles.!
Six arrêts, ... ... Repubblica...Barberini....Spagna...Flaminio....Lepanto....Ottaviano San Pietro!
Je descends.... et là je sens l'angoisse se peindre sur mon visage, ...une file interminable de gens se dirigent tous vers Saint-Pierre. Je me mets à courir comme une folle, vers les colonnades, là, au fond, et je vois sur la barrière une soeur qui court devant moi, ... je la dépasse, j'entre Place de la Cité Léonine, je lance un baiser fugace à l'ancienne habitation de Ratzi, et je passe la Porte qui mène aux colonnades du Bernin. Il y a là une file interminable de gens qui attendent d'entrer. Je suis prise de découragement, comment aurais-je pu imaginer une telle foule à Saint-Pierre à 7h du matin?
Tandis que je regarde la foule, tout espoir évanoui, voilà qu'un policier ouvre le portail encore fermé, à côté de moi. Je ne réfléchis pas une seconde, dès qu'il a ouvert, je me précipite à l'intérieur, et je me trouve ainsi parmi les 15-20 premières personnes à rentrer à Saint-Pierre.
Puis, comme chacun sait, commence le parcours le long des serpentins, on court comme des fous tout en craignant de perdre la meilleure place, ce sont quelques centaines de mètres interminables qui semblent durer une éternité, et puis on arrive au "check-point" (poste de contrôle) , et il faut de nouveau courir jusqu'à la Basilique qui attend, complètement vide, là, je montre mon billet, et je rentre à l'intérieur.
Là, je ne peux plus courir, bien que certains le fassent... eh, nous sommes dans une église, le respect des lieux passe avant tout. Quoi qu'il en soit, je presse le pas, et je réussis à me placer parmi les 10 premières rangées, à côté de la barre en bois.
Je l'ai fait!!!!
A présent, il ne reste plus qu'à attendre deux heures. A mes côtés prennent aussitôt place des religieuses, et à ma gauche, un monsieur avec un gilet rouge, qui vient sûrement de la terre natale du Pape, étant donné qu'il essaie de déployer un drapeau bavarois, mais un gentilhomme de Sa Sainteté s'approche et lui dit "on ne peut rien déployer dans la basilique"... le monsieur paraît accablé. Il a une longue barbe blanche touffue, et, autour du cou, il porte une croix de bois. Il se tourne vers son voisin, et lui dit dans un italien approximatif "Je lui avais apporté ça, pour lui faire sentir qu'il y en a qui l'aiment, chez nous, même si lui est à Rome" (
NDT: transcrit par Ratzigirl avec l'accent allemand, celui qu'on prête à "Ratzi", irrésistible!!!)
Un jeune qui se trouve à côté de lui lui dit " Quand il passera, vous lui montrerez, attendez jusque là, après, plus personne ne dira rien, à présent, ils font attention, mais après, ils auront d'autres choses à penser".
Le monsieur semble apprécier le conseil, et un sourire réapparaît sur son visage.
Un peu plus loin, plus près de l'autel, on entend des cris d'enfants qui remplissent le silence de la Basilique. Ce sont les mamans qui ont emmené leurs petits enfants dans cette aventure.
Une dame à côté de moi me dit en dialecte romain "Mais que fais-tu ici?" . Et là commence un dialogue intense dans un dialecte que je croyais avoir oublié(j'aime le romain, mais d'avoir été éloignée un temps me l'a fait un peu oublié).
La dame qui me parle me dit "Je suis de Monte Mario, pour l'écouter, je suis venue aux vêpres, il fait toujours des homélies très belles, même avant qu'il soit pape, il me plaisait.... j'aime l'écouter parce qu'il explique avec ses mots à lui.... comme il est bien ce Pape, et quels beaux discours il fait"
[...]
(
NDT: le dialogue est transcrit en dialecte romain, je ne traduis pas davantage, car j'ai peur de commettre des contre-sens)
9h
Commencent à défiler un par un, les différents prélats, au fond de la Basilique, je vois (et je prends en photo) Arturo Marini, le photographe officiel du Pape. Avec lui, il y a Piero Marini, le cérémoniaire (responsable de la liturgie) pontifical.(je ne pense pas qu'ils aient un lien de parenté)
A l'improviste, voici qu'apparaissent les premiers cardinaux: je vois passer Somalo, et peu après Castrillon (celui qui a fait le discours de présentation du Compendium), je le salue, tandis qu'il passe à côté de moi, et je lui murmure "Merci pour le choix du Conclave!", Castrillon sourit, fait un signe de la tête, et se dirige vers l'autel. Cela m'a semblé un devoir de remercier ceux qui, illuminés par le Saint-Esprit, ont fait le juste choix.
9h20
Arrivent les choeurs de petits chanteurs, les séminaristes, et enfin, les hauts-prélats, tous ensemble, en une longue procession interminable et suggestive.
9h25
La croix pastorale fait son apparition, dans l'air se répand un léger parfum d'encens, et on entend un grondement au fond de la basilique.
De loin, je LE vois, si doux, blanc, si tendre, comme à l'accoutumée!
Il bénit chacun, se tourne à droite, à gauche, saluant comme il peut. Par moment, il s'arrête pour saluer des petits enfants qui ont cessé de pleurer en se trouvant emportés par la foule environnante.
Je le regarde avec admiration. Je voulais apporter des bonbons, mais on me les a confisqués au poste de contrôle, disant qu'on ne pouvait introduire de nourriture à l'intérieur. Je leur ai dit que c'était pour le Pape, mais ils n'ont rien voulu entendre (ehhh, effectivement, moi aussi je les aurais volontiers manger, je n'avais rien pris depuis 7h30, et je commençais à avoir faim...)
Pendant ce temps, Ratzi avance, vêtu d'or, la croix Pastorale en main.
Il est à quelques centimètres de moi, peut-être moins d'un mètre, et je l'appelle "Sainteté!!". Je me souviens que j'avais un visage radieux, j'applaudissais, et j'allongeais la main pour le toucher, et
tandis qu'il passait, son regard a croisé le mien pendant un instant très long, quelque chose comme 5 ou 6 secondes... à ce moment, je crois que je n'allongeais même plus la main, je me rappelle seulement l'avoir regardé longuement dans les yeux, avoir vu un sourire, je me souviens de la limpidité de son regard, et puis, comme ça m'était déjà arrivé à l'audience, d'avoir complètement oublié le monde environnant...
9h30
Une messe, à vrai dire, merveilleuse. J'ai conservé le livret qu'ils distribuent à l'entrée, pour pouvoir suivre les paroles du Pape et la liturgie: magnifique!
C'est une satisfaction immense de pouvoir réciter le Pater en latin, de pouvoir chanter en latin les chants d'accompagnement.... il n'y a pas à dire, une messe à Saint-Pierre est une étape obligatoire que je conseille à tous!!!
L'homélie, centrée sur le thème 'se faire à son tour Roi-Mage en communion avec l'esprit d'évangélisation' était vraiment quelque chose de touchant.
Je reçois la communion des mains d'un diacre. L'atmosphère , à Saint-Pierre, devient franchement mystique à ce moment, sans parler de l'instant où le Pape donne la bénédiction finale, et où l'on peut admirer la tribune du Bernin qui se déploie au-dessus de la tête du nouveau Pierre, où l'on voit comme l'inscription "
Tu es Petrus", est placée de manière à être vue par tous ceux qui entrent... Instants suggestifs, émouvants, et vraiment inoubliables.
11h10
La messe est finie, Ratzi se dirige à nouveau vers les fidèles.
Il passe d'abord du côté droit, et embrasse une petite fille , au début de la rampe de bois, là où je me trouve. A ce moment, je me penche, et prends une photo.
Ratzi se dirige vers l'allée centrale. Le monsieur à côté de moi, déploie le drapeau bavarois qu'il a amené avec lui, Ratzi le voit, lui fait un signe de la main, puis il nous voit -je ne sais qui d'entre nous exactement- et je le vois qui s'avance vers nous.
Il s'approche de plus en plus... Le coeur me bat si fort que je n'entends pas le bruit. Autour de nous, il n'y a plus de bruit, seulement le 'Tu-Tum Tu–Tum' toujours plus rapide du coeur, je réussis seulement à prononcer "Merci!!!!", en cet instant, mes doigts entrent en contact avec quelque chose de lisse et de moëlleux, que je suppose être le vêtement papal. Je suis au comble du bonheur, j'ai réussi à toucher Ratzi!!!!!!!!!!!!
Bhè, j'ai attrapé en même temps une belle toux d'avoir tellement crié, mais ça en valait la peine!!!
Lui se tourne, et dit à chacun "Merci, tous mes voeux!", puis il se remet en route. Je le vois s'éloigner lentement, tandis qu'il s'arrête ici et là afin d'embrasser des enfants et de serrer des mains qui le cherchent pour réaliser un rêve...
Je sors de la Basilique, tandis que les paroles "O Roi du ciel, tu es descendu des étoiles.........." me résonnent encore dans la tête.
Dehors, c'est une magnifique journée de soleil, des mouettes, des pigeons, des colombes sillonnent la Place Saint-Pierre.
J'arrête une dame: "Je m'excuse, lui dis-je, y-a-t'il l'Angelus?" - à dire vrai, je croyais qu'il n'aurait pas lieu, étant donné que Telepace n'en disait rien, mais moi, ça me convient parfaitement, et même, c'est mieux ainsi. Je prends place à nouveau, et me dispose à attendre, pendant la demi-heure nécessaire pour le voir sortir. A côté de moi, il y a des religieuses mexicaines de l'ordre des Filles de la Croix, qui parlent avec une de leurs compatriotes. Puis, elles se mettent à parler de Papa Benedetto, et je ne peux m'empêcher d'écouter. "Nous aimons le Pape, nous sommes venues ici depuis Mexico pour le voir.... nous voulions rentrer à Saint-Pierre ce matin pour pouvoir lui dire combien d'amour dans le coeur nous avions pour lui, mais nous ne sommes pas parvenues à entrer...". La chose me réconforte..;, je me mets à repenser à ce qui se passe ici, et je trouve réconfortant que d'autres que moi ne trouvent rien d'étrange à crier surla Place qu'ils aiment le Pape.
A midi, Benedetto apparaît à la fenêtre du Palais Apostolique, et moi et les soeurs nous dressons sur les chaises à côté de nous, et accueillons ses paroles dans un silence religieux. Nous récitons religieusement l'Angelus avec le Pape, et quand il nomme les pélerins de langue espagnole, les soeurs crient de toutes leurs force et chantent
'Benedico tu es bonito!!!'. (moi, j'écarquille les yeux!!!).
Au salut en italien, la place explose en un grondement énorme et hallucinant, accompagné par le son de la fanfare de la crèche vivante. Une chorégraphie superbe!
Ratzi nous salue, nous donnant sa bénédiction, et avant qu'il ne disparaisse derrière les rideaux blancs, j'envoie un invisible baiser volant dans sa direction, me promettant de revenir à Rome le plus vite possible, car sans Ratzi, on ne peut pas vivre!!!!!!!
Une seule contrariété: j'étais avec des gens qui n'aiment pas Ratzi, ou à qui il est indifférent... et à cause de cela, j'ai dû contenir mes émotions jusqu'à cet instant, pour pouvoir vous raconter tout!!
Ratzi a raison: une grande joie, on ne peut la garder pour soi, il faut la communiquer... mais si les autres ne veulent pas vous entendre, comment faire?
Ne pas pouvoir parler de Ratzi pendant 4 jours, je crois que c'est la pire des tortures...
Un baiser à toutes, et à bientôt!